Je viens de terminer la lecture d'une série d'ouvrages qui ont profondément modifié ma vision de la présence des Juifs dans les pays du Maghreb et de la mentalité musulmane : « L'exil au Maghreb » de Fenton et Littman, « Pour en finir avec la repentance coloniale » de Lefeuvre et « Les traites négrières » de Pétré-Grenouilleau, malgré son rôle dans l'affaire Pedzoli.
J'ai été horrifié de lire les conditions qui étaient faites aux Juifs jusqu'en 1912, pendant plus de sept cents ans! Certaines nuits je n'arrivai pas à m'endormir car je reliai mes lectures aux événements actuels.
Mais ce n'est pas tout, Tidiane N’dyane, Professeur d’économie descriptive et Directeur de Recherches à Sup de Co Caraïbes, auteur de nombreuses études, vient de publier un nouvel ouvrage intitulé : « Le génocide voilé de la traite négrière sous l'islam » dans lequel il affirme que si l'on parle beaucoup de la traite triangulaire transatlantique et de l'esclavage des noirs aux Amériques, on ne parle pas du tout de celle pratiquée par les arabes.
On estime à environ 14 millions de noirs qui ont été transportés vers les Amériques et les Caraïbes, et que leurs descendants actuels seraient de l'ordre de 70 millions d'individus.
Par contre dit-il, on peut estimer entre 15 à 17 millions de noirs emportés vers les pays arabes et l'Inde et leurs descendants sont pratiquement inexistants.
Cette extinction ethnique aurait été provoquée par une castration massive des mâles, afin qu'ils ne se reproduisent pas !
Pour en revenir au Maghreb, Algérie et Maroc, d’après les auteurs, et entre lesquels il n y avait pas de frontières, déjà, en 1924, J. Goulven, orientaliste, écrivait : « Nombres d'Israélites n'admettent pas actuellement que la condition de leur race ait été aussi dure dans le passé. Cependant les témoignages sont là qui ne peuvent être mis en doute et qui émanent de Français, d'Anglais et même de Musulmans impartiaux et assez intelligents pour savoir reconnaître, d'autres part, les réelles qualités des Israélites... »
C'est vrai que j'ai toujours entendu les Juifs d'Afrique du Nord se vanter de la vie exceptionnelle qu'ils avaient laissée en quittant l'Algérie ou le Maroc. S'émouvoir de la qualité de leurs relations avec les Musulmans. De regretter la qualité de la vie « la-bas... » !
Il n'en a pas été tout le temps comme cela ! Et si eux ont pu en profiter, leurs ancêtres ont souffert le martyre, ont été humiliés, méprisés, maintenus dans un état déplorable, assassinés, spoliés, violés, brulés, égorgés, leurs enfants volés, forcés à l'apostasie, maintenus dans la misère, pour une seule raison : ils étaient Juifs !
Depuis l'époque de l'expulsion des Juifs d'Espagne, le Maroc et l'Algérie comptaient la plus grande présence juive en terre d'Islam, plus de 400 000 âmes en 1950.
A un moment donné, les Juifs représentaient 30% de la population du Maroc ! Beaucoup vivant dans les montagnes, les tribus berbères, seraient venues là après la destruction du temple.
Je vous passerai les détails, mais tout a commencé au 6eme siècle par la destruction des synagogues et l'interdiction de pratiquer le judaïsme commandé par l'Empereur byzantin Justinien. Vint ensuite la conquête arabe à partir de 705, puis l'islamisation qui se termina vers le milieu du 12eme siècle. Puis vinrent les Almoravides et les Almohades (1120-1230).
Abraham Ibn Ezra décrivit la destruction des grandes communautés juives du Maghreb et de l'Andalousie dont il avait été un témoin oculaire. En 1465, les Marinides provoquèrent le massacre total de la population juive de Fés.
Pendant des générations, Tlemcen fut un foyer spirituel dont le rayonnement se perpétuait grâce aux rabbins de la célèbre famille Duran. En 1504, 'Abd al-Karim al-Maghili, docteur tlemcénien intransigeant, incita la population musulmane à détruire les synagogues et à l'élimination complète des Juifs...
Les barbaresques ne cessaient d'attaquer les navires espagnols, portugais, français et autres, capturaient leurs cargaisons et vendaient les captifs comme esclaves, ou les rendaient après paiement de fortes rançons.
C'est en raison des contre attaques espagnoles et portugaises, que les maghrébins appelleront les Turcs à leur rescousse. Ils s’installèrent en instituant des Régences, notamment en Algérie. La situation des Juifs empira durant leur présence. Ils furent chassés en 1830 par la conquête française.
En 1842, le sultan Mawlây Abd al-Rahman précise que la véritable condition du Juif est celle du dhimmi, et que « si les Juifs respectent ces conditions, notre Loi défend de verser leur sang et ordonne de respecter leurs biens, mais s'ils violent une seule condition, notre Loi bénie permet de verser leur sang ».
Quelle était donc cette condition pour les Juifs ?
« L'amour du prophète implique la haine des Juifs ».
« Il n'est pas permis de construire une synagogue en terre d'Islam, puisque l'Islam doit dominer et ne pas être dominé. » Muhaammad Ibn rushd (1058-1126) cadi de Cordoue, grand-père d'Averroes.
Dans son Traité sur la condition des Juifs, le même al-Maghîlî donne la raison de l'état d'humiliation, d'avilissement et de misère dans lequel les Juifs doivent être maintenus dans leur façon de parler, d'agir : « ...afin qu'ils soient de cette façon sous le talon de tout musulman libre ou esclave, homme ou femme. » cette opinion ayant perduré jusqu'au début du 20eme siècle.
En 1816, le Pasteur Naudi de Malte, racontait la persécution des Juifs d'Alger : « En 1804, suite à une rébellion de fonctionnaires du gouvernement, les Juifs furent injustement accusés. Comme l'un des fonctionnaire avait emprunté de l'argent à un Juif et qu'il ne voulu pas le rendre, les Juifs furent considérés comme coupables..... Ils étaient emmenés, torturés et suppliciés de plusieurs manières barbares.... Particulièrement d'être suspendu vivant par une longue corde à l'extérieur des murailles de la forteresse, pendant que l'on enfonçait des crochets dans différentes parties du corps, le plus souvent sous l'os du menton, afin de le suspendre perpendiculairement. Plusieurs centaines périrent de cette manière, d'autres furent brulés vifs..... »
« L’israélite n'a pas besoin de commettre des crimes pour être mis hors la loi, il est criminel par sa naissance, par ses opinions religieuses, et c'est déjà un grand acte de générosité que de le laisser vivre et se mouvoir au milieu de la société des vrais croyants. » J. Halevy, 1876.
En 1888, A. Cohen, président du London Comittee of Députies of British Jews recensaient les principales inégalités dont les Juifs étaient victimes. Il en dénombrait 27, depuis l'obligation de résider dans les ghettos, l'obligation de marcher pieds nus, ou avec des mules courtes pour que le talon touche le sol, l'obligation de faire des travaux pour le compte du gouvernement, même les shabbats et jours de fête, de saler les têtes des décapités avant de les exposer, et j'en passe, la dernière étant : Si un Maure (musulman) choisit d'affirmer qu'un Juif a abjuré sa foi, ce dernier doit devenir musulman. Si plus tard il tente de se conformer au rite Juif, le Juif est condamné à être lapidé ou brûlé vif !
« Les Juifs sont soumis à des humiliantes lois d'exception ; les fonctionnaires et le peuple les traitent comme des hommes envers qui tout est permis. Pour eux pas de justice ; il n'existe aucune garantie pour leur personne, aucune protection pour leurs biens. Leurs témoignages ne sont pas reçus devant les tribunaux ; tout procès entre un Juif et un Musulman est perdu pour le Juif. Toute accusation de blasphème contre un Israélite est presque inévitablement suivie d'une condamnation à mort. Le meurtre commis sur un Juif n'est pas poursuivi par la justice, quand bien même le meurtrier est connu ; s'il est poursuivi, le meurtrier se libère par une amende insignifiante. Un proverbe dit qu'on peut tuer jusqu’à sept Juifs. Ils sont obligés de porter un vêtement différent de celui des Arabes ... » Mémoire rédigé par le comité central en 1888 à l'adresse des ministres européens participant à la Conférence de Madrid (déjà!)
« les Juifs doivent aussi se souvenir que légalement, ils ne sont que tolérés dans ce pays (Maroc) ». (Harry Maclean, 16 mai 1894).
Les protectorats français et espagnols sur le Maroc furent institués à partir de 1912, afin de « protéger » la population faible, aussi bien musulmane, chrétienne, juive ou étrangère, parfois à leur demande, parfois aussi à la demande d'états occidentaux qui trouvaient insupportable le sort réservé aux minorités et surtout aux Juifs.
c'est à partir de là que le sort des Juifs au Maghreb commença à s'améliorer...
Après avoir terminé la 724eme page du livre de Paul Fenton et David Littman, j’étais envahi par un profond découragement.
Car aujourd’hui, au 21eme siècle, de quoi est accusée la pakistanaise chrétienne Asia Bibi condamnée à mort ? Qu'y a-t-il de changé dans l'enseignement de l'Islam ?
Que réclament les extrémistes et radicaux musulmans de tous poils et de toutes régions, mêmes ceux passés dans de prestigieuses universités occidentales ? L'élimination d'Israël et le retour de la terre aux Musulmans ?
Croyez vous qu'il y aura, un jour, un dirigeant musulman courageux qui dira : « Stop, cela suffit, les Juifs sont des hommes comme nous et ils ont les mêmes droits que nous ; ou bien les Juifs sont aussi des créatures de D.ieu et ils sont nos frères ! » Trop sont morts pour l'avoir seulement murmuré !
Au revoir et à bientôt, LéHitraote !
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